Robert Plant offre un instant de grâce à Vienne

📌 Théâtre Antique de Vienne 📅 17 juillet 2025

Après une édition de Jazz à Vienne réussie (avec plus de 222 000 festivaliers), le Théâtre Antique de Vienne offrait ce soir un concert exceptionnel avec une légende du rock qui n’a rien perdu ni de sa voix ni de sa ferveur : Robert Plant. Et c’est Ana Popovic qui ouvrait ce soir-là, pour une seule date, rendant le public isérois encore un peu plus chanceux… Blues Actu y était et vous raconte.

Ana Popovic, une première partie soulful et girl power

C’est dans une robe flamboyante – en forme de paon ! – qu’Ana Popovic a embrasé la scène pour 45 minutes sans concession avec un line‑up qui mixe les versions américaine et européenne de son nouveau projet Fantastafunk (On vous en parle ici). Dès l’intro instrumentale et Rise Up, le ton est donné : un show soulful où les cuivres (Claudio Giovagnoli au saxophone et Davide Ghidoni à la trompette) et l’orgue (Michele Papadia) enveloppent la Stratocaster de notre blueswoman d’origine serbe avec un groove constant.

Ana Popović performing on stage with her band, dressed in a vibrant outfit, while engaging the audience during a concert.
Une entrée en scène magistrale pour Ana Popovic. Photo : Patrice Dumini 

Elle enchaîne sans temps mort Fire Over Me, Stranger, et un fédérateur Never Give Up the Fight, dédié à toutes celles et ceux qui refusent de baisser les bras. Avec Queen of the Pack, elle salue les “business women” du monde entier, un clin d’œil féministe acclamé par le public.

Un moment plus calme ? Oui, mais seulement pour mieux respirer : une sublime reprise de Tom Waits, New Coat of Paint, jazzy à souhait, où son pianiste et les cuivres font vibrer la blue note dans un lieu où le jazz résonne depuis des décennies. Ana s’y offre un long solo, mais n’oublie pas de mettre en avant ses musiciens, notamment l’immense Jeremy Thomas à la batterie. C’est pro, c’est carré, c’est cuivré – trop diront certains – mais c’était une très belle entrée en matière.

Le set se conclut avec un shuffle, Brand New Man, avant de s’achèver sur une prière : We Can Change the World. Ana salue le public et remercie Robert Plant qui l’observe depuis les coulisses.

Robert Plant & Saving Grace : l’art de suspendre le temps

Robert Plant performing on stage, passionately singing into a microphone, with a guitarist playing in the background.
Une légende du rock à Vienne. Photo : Patrice Dumini

Changement d’ambiance. Les lumières se tamisent, les musiciens de Saving Grace prennent possession de la scène. Le banjo de l’excellent Matt Worley introduit le set suivi de la mandoline de Tony Kelsey, du violoncelle du nouveau venu Barney Morse‑Brown et des percussions de Oli Jefferson. Rien qu’avec un tel line-up, on comprend immédiatement, dès le premier morceau, que ce concert ne sera pas comme les autres. Robert Plant ne cesse de se réinventer, même à l’approche de ses 77 ans. Le Théâtre Antique devient cathédrale quand Plant murmure The Cuckoo – traditionnel anglais dont l’origine remonte au moins à la fin du XVIIIe siècle -, sa voix caresse les pierres millénaires : She’s a pretty bird… frissons garantis.

Ce qui frappe assez vite, c’est que Robert Plant est à l’aise, heureux d’être là et de présenter cette formation derrière laquelle il n’hésite pas à s’effacer, vante à de nombreuses reprises la « Voix d’ange » de Suzi Dian qui n’est pas sans rappeler sa précédente collaboration avec Allison Krauss (Sans mélanger à aucun moment les deux répertoires).

Puis, il poursuit avec Angel Dance, une reprise de Los Lobos enregistrée avec Patty Griffin en 2010. C’est cette fois avec les harmonies vocales de Suzi Dian que ce titre est magnifié. La magie continue sur Ramble On, Move Along Train, et le nouveau titre Too Far From You venu remplacer It Don’t Bother Me en dernière minute sur la setlist.

Robert Plant est visiblement touché par l’accueil et s’essaye plusieurs fois au français : “Merci bien ! Bonne soirée !” glisse-t-il avant une version planante et pleine de mystère de Down to the Sea, bien différente de celle présente sur son album Fate of Nations de 1993. Robert Plant nous rappelle alors qu’il était le leader de l’un des plus grands groupes de l’histoire du rock avec une version explosive de Four Sticks (Sur l’album Led Zeppelin IV) où les percussions tribales reprises par les claps du public font vibrer le Théâtre Antique.


« It’s a lovely place… how much time had you have this? »


Le voyage se poursuit avec Everybody’s Song et As I Roved Out (deux titres inédits de l’album à paraître le 26 septembre avec Saving Grace), avant une parenthèse : Robert Plant salue ce “lieu magnifique” sans perdre son sens de l’humour : “It’s a lovely place… how much time had you have this?” (« C’est un endroit magnifique… depuis combien de temps avez-vous cela ? »). Et quand un spectateur crie “Robert !”, il répond en anglais : “Oh no, he’s not here tonight, I’m standing in for him.” (« Oh non, il n’est pas là ce soir, je le remplace. »)

Le concert s’achève sur une reprise d’un autre vétéran, Neil Young (Voir notre live report récent ici) et une version semi-acoustique de Friends, un standard de Led Zep.

Robert Plant et les membres de Saving Grace sur scène au Théâtre Antique de Vienne, applaudissant après un concert.
Robert Plant et les musiciens du projet Saving Grace. Photo : Patrice Dumini

Les rappels commencent par une pépite : The Rain Song (Encore un Led Zeppelin) dans une version épurée, où la voix de Plant semble flotter au-dessus des pierres. Le final voit renaître Lead Belly dont on sait qu’il est un grand fan depuis sa plus tendre enfance avec une reprise de Gallows Pole, entre gospel et transe folk. Peut-être un clin d’oeil à Jimmy Page avec qui il avait enregistré ce titre à plusieurs reprises (Led Zeppelin III et No Quarter). De quoi continuer d’espérer une reformation (forcément partielle) prochainement ?

Deux générations, deux visions. Ana Popovic a offert le feu d’un blues-rock teinté de soul, tandis que Robert Plant a conduit son auditoire vers la poésie d’un folk universel teinté d’accents de musique orientale. À 76 ans, sa voix conserve cette chaleur bouleversante qui nous accompagne depuis 1968. Saving Grace représente bel et bien une nouvelle page dans l’histoire d’un musicien qui refuse, encore et toujours, de se répéter. Le Théâtre Antique n’affichait pas complet pour célébrer cette légende et les absents – une fois n’est pas coutume – avaient bien tort ce soir-là.

Ana Popović et Robert Plant posent ensemble derrière la scène, tous deux souriants. Ana est vêtue d'une tenue noire audacieuse tandis que Robert porte un t-shirt noir. En arrière-plan, des équipements de scène sont visibles.
Ana Popovic avec Robert Plant. Source : Page Facebook d’Ana Popovic

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par Cédric Vernet

Président et rédacteur en chef de Blues Actu

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